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herbert j. pastorius

  • "Crevez charognes" de Herbert J. Pastorius

    Crevez charognes.jpgRésumé de l'éditeur : De la science-fiction argotique plutôt trash (dans le fond et dans la forme), deux amis au bas de l'échelle sociale sont poursuivis par des psychopathes de tous poils pour retrouver un magot.

    Il pleut en permanence sur Delta-02, la plus délabrée de toutes les villes verticales, agrégat sordide de buildings d'affaires et d'immeubles en ruines ; dans un monde où les ségrégations ethnique et sociale sont de mises, la sécurité règne en maître et la violence a disparu. Une nouvelle catégorie de personnes, les vics pour victimes, sert de défouloir à la pompulation, à condition d'y mettre le prix : leur travail consiste à subir toutes les violences possibles durant des séances rémunérées, au cours desquelles ils perdent bien souvent la vie.

    Phil et Garrett, deux amis désabusés, sont de ceux-là. Suite à un quiproquo, ils récupèrent unmystérieux médaillon menant à un magot considérable, et sont pris en chasse, par toute la voyoucratie de la ville, dont les maffieux du Dabe, un parrain à l'ancienne, et les hommes de main du Boucher, un dealer sadique que personne n'a jamais vu. Les protagonistes livrent chacun leur version de l'histoire à la première personne, essayent de comprendre ce qui les a menés là et cherhcent surtout un moyen de sortir du guêpier dans lequel ils se sont mis...

    Une fuite en avant grotesque et désespérée, où l'on croise des petites frappes à la ramasse, un truand mythique, son rival expêrt en démembrement, des frangins psychopates, un enculé de nazi, un flic retors en pré-retraite, un curé proxénète hyper-violent, des freaks livrés à eux-mêmes, un assassin courtois aux yeux de chien-loup, un enfant kamikaze, un chirurgien fou, une tueuse lesbienne, un illuminé en béquille, une secte anticonsumériste, des résidus de bidet à moteur, beaucoup de crapules sans retour et des frappadingues encore plus louches. (Source : editiondelabat-jour.com)

    Mon avis : Le moins que je puisse dire c'est que cette lecture sort complètement de mes sentiers livresques, que ce soit sur la forme comme sur le contenu.

    Tout d'abord la forme, ce livre m'a été proposé par Vincent du site "Les agents littéraires" sous forme d'e-book. J'ai donc enregistré sous format PDF le roman, et me voilà installée devant mon écran pour commencer ma lecture (je n'ai pas les supports matériels pour lire les e-books). Je ne suis pas restée bien longtemps dans cette position car quand je lis, je suis la plus part du temps affalée dans mon divan ou mon lit, et là, à être bien droite assise sur ma chaise, je n'ai pas fait long feu. J'ai donc sorti le livre sur papier (de récupération, pour pas trop abimer mère Nature) et mis tout cela dans une farde. Au début, cela m'a un peu génée, j'avais l'impression d'étudier, et puis je m'y suis faite et j'ai fini le livre sans problème.

    Ensuite le fond. Là aussi, j'ai été bluffée. Ce genre de littérature n'est pas du tout mon quotidien, mais au fil des pages, je me suis mise dans l'histoire. J'ai été bluffée par le style, la syntaxe, le vocabulaire et bien sûr l'histoire. Le style est très trash, le vocabulaire employé est aussi assez déstabilisant (souvent vulgaire, voire grossier parfois). Le contexte et les décors sont très glauques, noirs, violents et gores. Mais malgré tous ses qualificatifs pas très alléchants, j'ai aimé cette lecture. Je me suis prise d'amitié pour les 2 héros, que l'on pourrait qualifier de super-héros, car ils s'en prennent tellement dans la g... qu'on se demande comment ils survivent à tout ça. Comme le dit un des personnages à la fin du livre, qui a exactement la même pensée que moi : "T'es un type étonnant, Scott, je le pense, ta persévérance m'impressionne, rien que de te voir encore en vie c'est du domaine du paranormal." (p.279)

    Au début j'ai été perdue, je ne comprenais pas bien les 2 histoires (puisque chacun des héros prend la parole tour à tour pour raconter la même histoire, mais chacun vu de leur vécu) puis ça se met en place petit à petit et j'ai vraiment accroché à partir de la 2ème partie du livre. J'avais presque voulu abandonner mais j'ai bien fait de persévérer.

    Une lecture saisissante, que je ne regrette pas.

    Des extraits : "Dans les dicos ils disent que c'est comme ça qu'on appelait les animaux bons pour l'abattoir y'a des siècles, on les donnait en offrande aux dieux, quand on en avait devant lesquels se mettre à quatre pattes. Ca a bien changé. Maintenant on en est réduit à se donner en holocauste à des paumés, des merdeux, des baltringues qui sniffent de la colle et s'envoient du méthane, pour que dalle la plupart du temps, ou si peu, une fois qu'on a payé la bouffe et le loyer il reste plus au fond des poches que des vieux pansements et le sang séché goutté de ses phalanges. Et puis on a trouvé le dieu unique, le dieu suprême, il est bien balèze celui-là, il résout tout et personne trouve rien à y redire. La sécurité. Le mot est laché. Tout est dit. Y'a plus de violence. Plus de crimes. Plus de meurtres. Plus de guerres, pas ici en tout cas. On a la solution. Elle est belle, elle est pratique, on l'adore comme des bienheureux. Tout est légal. Tout est organisé. Si un mec a envie de se défouler en shootant les genoux d'un type au fusil, coup de fil, virement par carte bancaire, le rendez-vous est pris en catégorie A qui se fera dézinguer avec le sourire à condition d'allonger. C'est le job. Ca gagne oas des masses si on tient à rester valide. Pour beaucoup c'est du superflu. Faut repartir en civière en tenant ses tripes pour que ça paye un minimum." (p.7)

    "J'imagine que la cloche elle a rien dit, elle s'est couchée sur la plaque, elle a fait semblant de pioncer pour me couvrir. Ils ont entravé que pouic, quand je suis revenu à moi j'étais au même endroit, la tronche trempée dans le noir, absolument seul. J'étais gelé jusqu'au calbute, j'avais trop mal pour me relever mais fallait que je bouge, je pouvais pas ramper non plus, tout ce que j'ai réussi c'est à m'adosser au conduit et à pousser sur les jambes pour avancer en crabe, par petits pas minuscules. Valait mieux pas qu'on me poursuive, même une foutue limace m'aurait grillé au cent mètres, j'étais complètement cuit, recuit, ensuqué, c'était l'énergie du désespoir, la volonté de pas pourrir là, peut-être aussi parce que ce connard de Sobor m'avait mis la haine, j'avais pas envie de claquer sans le zigouiller de mes mains. J'ai continué longtemps, sans voir personne, à croire que les égouts étaient vides, ç'avait peut-être rapport avec l'odeur de charogne que je sentais sans pouvoir détailler l'origine. J'ai pas crié, j'ai pas appelé à l'aide. C'aurait fait qu'attirer d'autres pelures, dans mon état j'aurai s pas pu me défendre." (p.72 et 73)

    Ma note : -> :-))

    D'autres avis : karline05, lesagentslitt

    Editions de L'Abat-Jour, 2011, 293 pages.

    Je remercie Vincent des "Agents littéraires" et les éditions de L'Abat-Jour pour cette découverte étrange mais saissante.